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tanya

" Car cette loi est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu l'accomplisses "

C'est sur ce célèbre verset du Deutéronome que se fonde le Tanya.

L'Ecriture dit clairement ici que le respect des commandements divins est chose aisée (" très proche ") et qu'il s'effectue par trois canaux : la pensée (ton cœur), la parole (ta bouche) et l'action (que tu l'accomplisses).

A un second niveau " ton cœur " fait référence aux émotions, l'amour et la crainte de D. que le cœur expérimente lorsque est accompli un commandement positif (pour la première),ou respecté un interdit pour la seconde. C'est donc ces deux émotions qui constituent cette " chose très proche ".

Cela, pourtant , va-t-il de soi ? La Guémara n'interroge-t-elle pas : " la crainte de D. est-elle une petite chose ? ". Rabbi Schnéour Zalman veut mettre à jour les deux chemins par lesquels parvenir à la crainte et à l'amour. Proches tous les deux, l'un cependant est " long " (il consiste en une profonde méditation), l'autre est " court " (plutôt que de créer ces sentiments par la méditation, il s'agit de les révéler, de les " dévoiler " en tant qu'ils sont partie intégrante de chaque âme juive. Telle est la démarche première du Tanya que, dans son humilité, Rabbi Schnéour Zalman en réalité a simplement appelé Likoutei Amarim (Recueil de Commentaires), Tanya étant le premier mot par lequel commence ce " recueil " imprimé pour la première fois en 1796.

4 Mena'hem Av 5778 | Lundi, 16 Juillet 2018



Likoutei Amarim
Chapitre 30
_______________

וכל שלא הגיע לידי מדה זו להלחם עם גופו מלחמה עצומה כזו

Et quiconque n’a pas atteint cette mesure, de mener une guerre si intense contre son corps,

עדיין לא הגיע לבחינת וערך מלחמת היצר הבוער כאש להבה

n’est pas encore parvenu au niveau et à la mesure de la guerre qui se déroule en la personne du kal chébekalim contre le [mauvais] penchant qui brûle comme un feu ardent,

להיות נכנע ונשבר מפני פחד ה׳

pour que celui-ci soit plié et brisé devant la crainte de D.ieu.

Voilà donc ce qu’il lui faut considérer : durant la prière, livre-t-il contre son mauvais penchant un combat aussi intense que celui qui s’impose au kal chébekalim ? La même question est posée pour d’autres domaines du service de D.ieu :

וכן בענין ברכת המזון וכל ברכות הנהנין והמצות בכונה

Et de même en ce qui concerne les Actions de Grâce après le repas et toutes les bénédictions pour un profit et [bénédictions] pour une mitsva, [pour qu’elles soient dites] avec intention (kavana),

ואין צורך לומר כונת המצות לשמן

sans parler de l’intention dans les mitsvot [à savoir celle d’accomplir la mitsva] lichma [pour elle-même] c’est-à-dire en ayant pour seule pensée d’accomplir l’ordre de D.ieu ; un effort important est ici exigé et l’on constatera sans difficulté qu’il est rarement consenti.

וכן בענין עסק לימוד התורה, ללמוד הרבה יותר מחפצו ורצונו לפי טבעו ורגילותו על ידי מלחמה עצומה עם גופו

Il en va de même en ce qui concerne le fait de se consacrer à l’étude de la Thora, s’agissant de l’effort requis pour étudier bien plus que son désir et sa volonté selon sa nature et son habitude, au moyen d’un rude combat contre son corps.

L’étude de la Thora motivée par un tempérament assidu ou par une disposition déjà acquise par l’habitude ne saurait en aucune façon être regardée comme une lutte, ainsi qu’expliqué au Chapitre quinze. Rompre avec la pratique routinière appelle en revanche un effort accru.

כי הלומד מעט יותר מטבעו הרי זו מלחמה קטנה, ואין לה ערך ודמיון עם מלחמת היצר הבוער כאש

Car étudier un peu plus que sa nature exige certes un effort, mais il s’agit là d’un petit combat, sans [aucune commune] mesure, ni ressemblance avec la guerre contre le [mauvais] penchant brûlant comme le feu à laquelle est contraint le kal chébekalim,

דמקרי רשע גמור אם אינו מנצח יצרו, להיות נכנע ונשבר מפני פחד ה׳

[et pour laquelle] il est qualifié de « méchant parfait » (racha gamour) s’il ne vainc pas son penchant de manière à ce qu’il soit plié et brisé devant la crainte de D.ieu.

Seule l’étude exigeant un effort qui rompt littéralement avec l’habitude peut être comparée à la peine qu’endure le kal chébekalim pour surmonter ses difficultés. C’est ainsi qu’on doit s’évaluer : la lutte que je mène, faut-il se demander, est-elle effectivement similaire à celle du kal chébekalim ?

Et bien qu’il s’agisse ici d’un effort pour faire quelque chose, tandis que l’effort du kal chébekalim porte sur une abstention, le texte précise :

ומה לי בחינת סור מרע ומה לי בחינת ועשה טוב

Et quelle est pour nous la différence entre le domaine de « détourne-toi tu mal » dans lequel le kal chébekalim est éprouvé et le domaine de « et fais le bien » dans lequel le beinoni est lui-même pris en défaut en négligeant l’effort dans la prière et dans l’étude,

הכל היא מצות המלך הקדוש, יחיד ומיוחד, ברוך הוא

tout est l’ordre du Saint Roi, Un et Unique, Béni soit-Il.

Si des différences peuvent évidemment être établies entre ces deux catégories, elles ne portent que sur les intentions et effets spirituels qui accompagnent chaque mitsva. Mais au regard de la mitsva elle-même, en tant qu’elle est l’accomplissement de la Volonté de D.ieu, Un et Unique, aucune distinction ne saurait être faite entre l’une et l’autre de ces catégories.

L’absence d’application accrue à l’étude ou à la prière est donc tout à fait assimilable pour lui à l’absence de retenue du kal chébekalim.

וכן בשאר מצות, ובפרט בדבר שבממון

Et de même pour les autres commandements dans lesquels un effort est requis, notamment en matière d’argent,

כמו עבודת הצדקה, וכהאי גוונא

comme le « labeur » de la charité, c’est-à-dire l’exercice de la charité bien au-delà de ce que lui dictent sa volonté et son habitude, et ce qui est semblable.

ואפילו בבחינת סור מרע, יכול כל איש משכיל למצוא בנפשו שאינו סר לגמרי מהרע בכל מכל כל

Et même dans la catégorie de « détourne-toi du mal », chaque homme réfléchi peut trouver en lui qu’il ne se détourne pas complètement du mal, de tout point de vue,

במקום שצריך למלחמה עצומה כערך הנ״ל, ואפילו פחות מערך הנ״ל

[lorsqu’il se trouve] dans une place qui requiert un rude combat de l’ordre de la mesure précédemment mentionnée (concernant le kal chébekalim) ou même dans des circonstances exigeant un combat inférieur à cette mesure précédemment évoquée.

כגון להפסיק באמצע שיחה נאה, או סיפור בגנות חברו

Par exemple, quand il s’agit de s’interrompre au milieu d’une belle causerie ou au milieu d’un récit portant atteinte à son ami,

ואפילו גנאי קטן וקל מאד, אף שהוא אמת, ואפילו כדי לנקות עצמו

et même s’il s’agit d’une atteinte minime et très légère, même si [les propos rapportés] sont vrais et même s’il s’agit ce faisant de se disculper soi-même,

כנודע מהא דאמר רבי שמעון לאביו רבינו הקדוש: לאו אנא כתביה אלא יהודא חייטא כתביה, ואמר לו: כלך מלשון הרע [עיין שם בגמרא, ריש פרק י׳ דבבא בתרא]

comme on le sait de ce que Rabbi Chimon dit à son père Rabeinou Hakadoch au sujet d’un acte de divorce incorrectement écrit : « Ce n’est pas moi qui l’ai écrit ; Yehouda ‘Hayata l’a écrit. » Cela n’était qu’une atteinte mineure et dont le seul but était pour Rabbi Chimone de se justifier – et [son père] lui répondit : « Va t’en de la médisance » (se référer au Talmud, début du Chapitre dix du [traité] Baba Batra).

וכהאי גוונא כמה מילי דשכיחי טובא

Et similaires à cela beaucoup de cas qui se présentent fréquemment.

On remarquera ici aussi que peu d’efforts sont faits pour contenir le mauvais penchant.

ובפרט בענין לקדש עצמו במותר לו, שהוא מדאורייתא, כמו שכתוב: קדושים תהיו וגו׳, והתקדשתם וגו׳

Et en particulier en ce qui concerne le fait de se sanctifier dans ce qui lui est permis – ce qui est [une obligation] de la Thora, ainsi qu’il est écrit : « Soyez saints, etc. » « et vous vous sanctifierez, etc. »

וגם דברי סופרים חמורים מדברי תורה וכו׳

Et aussi, même selon l’opinion qui maintient que cette injonction est d’ordre rabbinique et non biblique, on a cependant pour principe que « les [injonctions] rabbiniques sont plus sévères que celles de la Thora, etc. »

On remarquera pareillement l’indulgence dont on fait preuve envers soi-même, dès lors qu’un effort accru est appelé.

אלא שכל אלו וכיוצא בהן הן מעוונות שהאדם דש בעקביו

Mais toutes celles-ci et celles qui sont semblables font partie des « fautes qu’un homme foule de son talon », auxquelles il manque de prêter attention, car il ne ressent pas leur importance,

וגם נעשו כהיתר מחמת שעבר ושנה וכו׳

et qui sont aussi devenues comme permises à ses yeux parce qu’il a [déjà] transgressé une et plusieurs fois.

Toutes ces considérations convergent vers une même conclusion : celui qui se compare au kal chébekalim ne doit en ressentir aucun sentiment de supériorité. Car, si le kal chébekalim succombe dans son combat contre le mauvais penchant, c’est de la même façon que lui aussi manque à son devoir.

Cependant, la maxime des Sages continue d’interroger en ce qu’elle exhorte à l’humilité devant tout homme, c’est-à-dire, suivant la définition donnée, à un sentiment d’infériorité même à l’égard du kal chébekalim.

אבל באמת אם הוא יודע ספר, ומחזיק בתורת ה׳, וקרבת אלקים יחפץ

Mais en vérité, s’il est familier de l’étude, qu’il se tient à la Thora de D.ieu et désire la proximité du Divin,

גדול עונו מנשוא, ואשמתו גדלה בכפלי כפליים

sa faute est trop grande à supporter et sa culpabilité doublement accrue

במה שאינו נלחם ומתגבר על יצרו בערך ובחינת מלחמה עצומה הנ״ל

en ce qu’il ne combat pas et ne prend pas le dessus sur son penchant à la mesure et au niveau de la rude guerre précédemment mentionnée qui caractérise le kal chébekalim.

מאשמת קל שבקלים מיושבי קרנות הרחוקים מה׳ ותורתו

Sa culpabilité est bien plus grande que la culpabilité du kal chébekalim, le plus bas de ceux qui sont assis aux coins des rues, qui sont éloignés de D.ieu et de Sa Thora.

ואין אשמתם גדולה כל כך במה שאינם כובשים יצרם הבוער כאש להבה מפני פחד ה׳ המבין ומביט אל כל מעשיהם

Leur culpabilité n’est pas si grande en ce qu’ils ne conquièrent pas leur penchant qui brûle comme un feu flamboyant, par crainte de D.ieu, Qui connaît et observe toutes leurs actions,

כאשמת כל הקרב הקרב אל ה׳ ואל תורתו ועבודתו

ce n’est pas comme la culpabilité de quiconque est proche de D.ieu, de Sa Thora et de son service,

וכמו שאמרו רז״ל גבי אחר: שידע בכבודי וכו׳

et comme l’ont dit nos Sages, de mémoire bénie, à propos d’A’her (Elicha ben Avouya, appelé « l’autre ») : « Car il a connu Ma gloire » et s’est rebellé en connaissance de cause, sa faute est bien plus grande encore.

ולכן אמרו רז״ל על עמי הארץ שזדונות נעשו להם כשגגות

Aussi nos Sages ont-ils dit à propos des ignorants que « les fautes délibérées leur sont comptées comme [des fautes] commises par inadvertance », puisqu’ils ne sont pas conscients de la gravité de la faute.

Pour l’érudit, le contraire est vrai : une erreur due à un défaut d’étude est assimilée à un acte délibéré. Ainsi, en ne maîtrisant pas son mauvais penchant, il se trouve encore plus avili que le kal chébekalim.

Cette considération l’aidera donc à mettre en application la maxime de la Michna citée en début de chapitre : « Sois humble devant tout homme ». Et par le fait qu’il parviendra à un cœur brisé, l’esprit de la sitra a’hara se trouvera brisé et le corps sera dès lors perméable à la lumière de l’âme, comme expliqué au chapitre précédent.